Edito, Marché de l'art

ArtTechs : Ces technologies & nouveaux services qui changent le marché de l’art

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Le marché de l’art est souvent perçu comme une industrie poussiéreuse, résistante au changement dans laquelle les évolutions se font rares. Le nier, serait faire preuve de malhonnête intellectuelle. Pourtant même si certains acteurs restent frileux au changement, aujourd’hui les nouvelles technologies jouent un rôle considérable dans la transformation du marché de l’art permettant l’entrée de nouveaux acteurs innovants et l’émergence de nouveaux services. Mieux, ces acteurs et services permettent de renouveler ou de transformer certains usages traditionnels et d’en inventer de nouveaux. L’émergence de services numériques à forte valeur ajoutée où personnalisation, gestion, transparence et traçabilité viennent enrichir l’expérience constitue un enjeu clé pour créer le marché de demain. A travers ce billet, voyons quelles solutions apportent les ArtTechs aux problématiques historiques du marché de l’art.

Que sont les ArtTechs?

L’expression « ArtTech » est un mot valise qui est la contraction de « Art » et « Technologies ». Il arrive également de le voir orthographié « ArTech », les deux écritures désignent sensiblement la même chose. Les ArtTechs désignent l’écosystème du marché de l’art adossé aux nouvelles technologies. Les « ArtTechs » désignent autant les nouveaux services (marketplaces, assurances en ligne, logistique…) que les nouvelles technologies et canaux qui peuvent être utilisés sur le marché de l’art (CRM, Réseaux sociaux, blockchain, Cloud…). Il faut donc voir les ArtTechs comme une expression globale regroupant à la fois des usages, des services et des outils technologiques au service des amateurs et des professionnels du marché de l’art.

“Guatemala from 33,000 km” – Community Arts Workshop.  Crédits : Contemporary Art Daily

Augmentation de la transparence sur la valeur des oeuvres et des transactions

L’une des problématiques du marché de l’art reste celui de la transparence et de la fraude. L’opacité historique du marché de l’art a longtemps constitué un frein à sa digitalisation. En effet, par conservatisme, par tradition l’opacité est à la fois une contrainte et un avantage. D’un côté, cela représente une contrainte de taille, car comme en témoigne la récente et malheureuse affaire de Ezra Chowaiki qui a pu duper ses clients, elle ne permet pas de connaître précisément ce qui peut se passer en termes de flux monétaires dans les coulisses d’un marché où les passionnés sont légion et n’hésitent pas à investir, souvent par passion. De l’autre côté, il faut reconnaître que cela constitue un avantage car l’opacité permet d’augmenter les liquidités sur le marché via des acheteurs, qui grâce un pouvoir d’achat élevé, et ne souhaitant pas forcément être connus du grand public, achètent auprès des galeries ou des marchands d’art.

Dans le même temps, sur le marché de l’art, la question de l’évaluation d’une oeuvre reste un épineux sujet, et il faut bien dire qu’il relève davantage d’un art que d’une science. Comprendre par cette expression, que les méthodologies existantes et d’usages ne bénéficient que rarement de réglementation précise. En effet, d’un territoire à un autre, d’un expert à un autre les méthodes varient considérablement. Les évaluations reposent majoritairement sur des critères pouvant se révéler très subjectifs et dépendent donc considérablement de l’auteur de l’évaluation. En conséquence, il peut être parfois compliqué pour un collectionneur de comprendre les résultats d’une évaluation réalisée par un expert en résulte des frictions évidentes. Plusieurs ArtTechs, comme les sociétés Seezart ou Monuma, pour ne citer qu’elles, tentent de résoudre cette problématique en utilisant la technologie blockchain via des algorithmes afin de proposer une provenance et une traçabilité sans faille. Leur apport peut se révéler décisif et résoudre la question de la fraude récurrente dans cette industrie de l’ère pré-internet. L’augmentation de la transparence est un enjeu clé qui peut permettre d’accélérer le développement de la digitalisation du marché de l’art et donc de favoriser indirectement la vente en ligne en levant des freins évidents.

Tony Cragg, Justine, 2015, Sculpture, Stainless steel, ca. 1400 kg, 260.0 × 98.0 × 110.0 Size (cm)102.4 × 38.6 × 43.3 Size (in) – Crédits : Galerie Thaddaeus Ropac

Limiter la spéculation et sécuriser les investissements

L’achat d’oeuvres d’art peut être un moyen de se créer ou de développer son patrimoine. Bien que perçu comme une des motivations majeures, plusieurs études montrent qu’il ne s’agit pas forcément de la motivation première. Bien souvent, c’est  l’amour de la découverte d’oeuvres qui prime sur la perspective d’investissement ou d’un retour sur investissement assez incertain. Si améliorer la méthodologie d’évaluation est un enjeu, disposer d’outils pour aider les acteurs se révèle être  également essentiel. Pourquoi? Car disposer, sans accès restreint, à données quantitatives structurées et « normées » par la technologie permet de comprendre la valeur d’une oeuvre à partir de données claires. Cette évolution permettrait, sans doute, d’augmenter le nombre (et le montant) des transactions et de limiter la spéculation. Une conséquence possible, serait  l’augmentation probable de la confiance et une meilleure sécurisation des investissements réalisés. La société CollectorIQ travaille à cela en proposant un algorithme « in-app », basé sur les ventes estimées à une valeur totale de près de 100 Milliards de $, permettant de connaître précisément la valeur d’une collection à partir de data structurées et compréhensibles. Une petite révolution en somme sur un marché où historiquement l’accessibilité aux données structurées est compliquée. L’adoption d’une philosophie « data-driven » par le marché de l’art passera indéniablement par des ArtTechs agiles et innovantes.

Screen de l’application Google Arts & Culture

Les réseaux sociaux aident à developper des relations durables

Les réseaux sociaux constituent des outils importants sur le marché de l’art. Ces réseaux sont à la fois un un sujet de travail – comme a pu le faire le peintre Anglais Tristan Pigott dans sa série de portraits « Dead Natural » – et un canal de communication peu coûteux et efficace pour bâtir de nouvelles relations. En effet, à l’ère des « big data » (terme désignant la volumétrie importante des données numériques), la maîtrise des réseaux sociaux et du marketing en ligne s’avèrent être déterminantes pour parvenir à être visible. Dans le même temps, les réseaux sociaux peuvent aussi être perçus comme une menace par les acteurs traditionnels du marché. Pourquoi? Parce que ces canaux permettent aux artistes de diffuser leurs oeuvres en ligne à des millions de potentiels acheteurs en quelques secondes, sans le concours des galeries dont le travail consistait justement à promouvoir les artistes. L’utilisation des réseaux sociaux comme Instagram, interroge au passage le rôle que peut jouer désormais la galerie dans cette nouvelle configuration. La jeune société Canvas, qui édite l’application Canvas, propose une nouvelle manière de découvrir les artistes et d’interagir avec eux. Mieux encore, un nombre grandissant de collectionneurs n’hésitent désormais plus à utiliser régulièrement des apps pour découvrir, acheter des artistes ou pour notamment s’informer sur l’actualité financière du marché de l’art. Les social media peuvent se révéler un outil déterminant pour les acteurs du marché de l’art dans le ciblage des acheteurs potentiels sur le marché intermédiaire. Le marché intermédiaire ne constitue pas le segment où les oeuvres coûtent le plus cher mais c’est indéniablement celui qui se développe le plus avec la digitalisation du marché de l’art, il devient donc intéressant de pouvoir capter les acheteurs potentiels présents sur ce marché et qui utilisent Internet. Toutefois, pour développer des relations durables, sensées avec les collectionneurs, les professionnels du marché du marché doivent utiliser ces outils pour construire de véritables communautés sur le temps long. La force des social media est qu’ils peuvent largement servir de canal de communication à forte valeur ajoutée en abattant les frontières physiques.

Crédits : welti furrer

De nouveaux services et plateformes taillés pour les besoins professionnels du marché de l’art

Les ArtTechs ont impulsé un véritable changement sur le marché de l’art : proposer de nouveaux services pour les besoins spécifiques des métiers du marché de l’art. Les ArtTechs accompagnent le développement des usages permettant d’améliorer le marketing, la vente, la logistique et la gestion des collections. Toutes ces activités, auxiliaires sont néanmoins indispensables, et font parties des opérations que doivent maîtriser les professionnels du marché depuis des années. Ces activités évoluent rapidement grâce à l’apport de nouveaux services qui visent à faciliter la gestion de ces indispensables tâches. Par exemple, le paiement en ligne multi-devises, les services API sont des outils utilisés depuis très longtemps dans de nombreuses industries, mais elles sont perçues sur le marché de l’art comme relativement nouvelles. La réalité est que de plus en plus d’acteurs du marché utilisent ces services permettant une flexibilité. Autre exemple, l’utilisation d’un service API permettant la mise en relation directe entre un vendeur et un acheteur permettrait de rénover et de faciliter le processus habituel sur le marché de l’art lors d’une transaction : celui de l’utilisation d’une feuille de papier et d’un stylo. Ce mode de transaction est encore largement répandu sur le marché de l’art.

Screenshot du module « Groupes » de notre solution SaaS – Anatoletools

Les nouvelles technologies visent à faciliter le travail des acteurs traditionnels

C’est un fait : la technologie transforme les usages sur le marché de l’art mais cela ne veut pas nécessairement dire qu’elle est là pour remplacer les individus et leurs expertises métiers. Au contraire, l’enjeu est de parvenir à adapter sa façon de travailler, d’utiliser ces nouveaux outils et services tout en les intégrant aux processus-métiers traditionnels afin d’optimiser le temps passé sur ces tâches et ainsi d’augmenter ses revenus. Prenons un exemple pour rendre le propos plus tangible, un expert lors d’une expertise pourrait tout à fait utiliser des algorithmes, en combinant cette méthode « analytique » à son travail d’expertise, ce dernier pourrait ainsi livrer une estimation extrêmement précise de la valeur financière d’une oeuvre, augmentant ainsi la valeur de son expertise, la confiance et la compréhension de cette estimation.

Le rôle majeur des nouvelles technologies sur le marché de l’art est que ces innovations permettent de réduire les frictions, d’augmenter la confiance lors des différents processus de transactions, et de rendre beaucoup plus accessible un marché historiquement perçu comme « fermé ». Par ricochet, cela permet de favoriser l’émergence de nouveaux entrants qu’ils soient artistes, amateurs d’art ou encore professionnels. Ces nouvelles technologies et services favorisent l’émergence de nouvelles opportunités, améliorent l’accessibilité et augmentent la confiance lors des transactions. Il faut percevoir les nouvelles technologies comme la possibilité d’étendre le marché, car en permettant d’avoir une meilleur confiance globale, les freins à l’achat peuvent être plus facilement levés permettant d’augmenter les flux transactionnels et de disposer de plus de liquidités sur le marché.

Finalement, il y a un état que nous partageons : les technologies ne pourront jamais remplacer les interactions humaines, les rencontres physiques qui jouent un rôle crucial sur ce marché. Si le travail peut être amélioré, nous croyons que en ce qui concerne les échanges, le marché de l’art est un marché à part, par nature. La disruption technologique qui s’est produite dans bien d’autres industries ne pourra pas arriver car la technologie ne pourra jamais remplacer le charme d’une discussion autour d’une oeuvre ou du talent évident d’un artiste.